Jean Hélion
Peintre. De l’abstraction géométrique au retour singulier vers la figuration.
Jean Bichier naît le 21 avril à Couterne dans l’Orne (Normandie), d’une mère couturière et d’un père chauffeur de taxi. C’est en 1926 qu’il reprend le nom originel de son père : Hélion. Celui-ci avait pris le nom Bichier pour une raison inconnue.
Sa grand-mère l’élève jusqu’en 1912, année où il perd sa sœur aînée Héliane et où il rejoint ses parents à Amiens.
Il commence des études de chimie à l’Institut industriel du Nord de Lille, qu’il ne terminera pas.
Sous l’influence d’un de ses amis, il quitte Lille pour Paris où il trouve un emploi d’apprenti dessinateur chez un architecte.
C’est au Louvre, où son employeur l’avait envoyé procéder à des relevés, qu’il découvre Philippe de Champaigne et Poussin. Cette découverte sera déterminante pour sa vocation de peintre.
Premières peintures : portraits, paysages. En décembre, naissance de son fils Jean-Jacques, qu’il eut avec sa première femme Andrée Jouart.
Il rencontre le peintre belge Luc Lafnet, avec lequel il expose à la Foire aux Croûtes de Montmartre. Il découvre dans les galeries Cézanne, Derain, Matisse et Vlaminck.
Il rencontre Georges Bine à la Foire aux Croûtes, son premier marchand, qui lui offre un contrat — et qui incitera Hélion à reprendre le nom originel de son père. Il quitte l’architecture pour se consacrer à la peinture et suit des cours de nus à l’Académie Adler.
Hélion déménage rue Marcel Sembat. Il y héberge pendant deux mois le peintre uruguayen Torres-García, qui lui fait découvrir le cubisme et la peinture moderne.
Avec Luc Lafnet, Jamblan et Réande, il fonde la revue L’Acte, qui n’aura que quatre numéros. Torres-García y collabore également.
Au Salon des Indépendants, Hélion expose deux peintures ; Louis-Léon Martin du Crapouillot lui consacre une critique favorable. Refusés au Salon d’Automne avec Engel-Pak, Aberdam, Pierre Daura et Torres-García, ils organisent l’exposition « Les cinq refusés », remarquée par André Salmon dans la Revue de France.
Hélion déménage à Montparnasse. Torres-García lui fait découvrir Piet Mondrian. Avec Georges Bine, il séjourne dans les Pyrénées où il peint ses premières œuvres abstraites, qu’il expose à la galerie Dalmau de Barcelone aux côtés d’Arp, Mondrian, van Doesburg et Vantongerloo.
À Paris, il rencontre Otto Carlsund et Léon Tutundjian. Avec Theo van Doesburg, ils créent le groupe et la revue Art Concret, dont un seul numéro paraîtra en avril. Carlsund organise à Stockholm l’exposition « Kubism, Purism, Konstruktivism », dont Hélion écrit la préface.
Sous l’impulsion de van Doesburg, Art Concret devient Abstraction-Création, avec Arp, Herbin, Delaunay, Gleizes, Valmier et Tutundjian. Lors d’un voyage en URSS avec William Einstein, il ne rencontre que Tatline et en revient déçu, mesurant combien l’art y est asservi à la propagande. Rencontres de Calder, Léger, Seuphor, Ozenfant, Gorin, du poète Ekelöf, puis de Duchamp, Tzara et Ernst. Mort de sa mère en novembre.
En juin-juillet, première exposition personnelle à la Galerie Pierre : compositions orthogonales, tensions circulaires et premières courbes. Il y rencontre Arshile Gorky, le critique J.-J. Sweeney et Christian Zervos, directeur des Cahiers d’Art. Divorcé de sa première femme, il épouse Jean Blair aux États-Unis, puis s’installe Impasse Nansouty à son retour à Paris.
Exposition de groupe à la Galerie Pierre. Retour aux États-Unis avec Calder ; il travaille en Virginie jusqu’en février 1934. Expositions de groupe à New York et Chicago, et conférence à l’Université de New York.
La John Becker Gallery lui consacre sa première exposition personnelle aux États-Unis. De retour en France, il quitte en juin Abstraction-Création, lassé de la rigidité d’Herbin. Rencontres de Queneau, Lipchitz et Pierre G. Bruguière, puis d’A. E. Gallatin, Ben Nicholson, Herbert Read et Henry Moore. Exposition de groupe à la Galerie des Cahiers d’Art avec Sophie Taeuber-Arp, Arp et Ghika.
Importante exposition de groupe organisée par Hans Erni à Lucerne sous le titre Thèse, Antithèse, Synthèse, où Hélion expose six œuvres. Il collabore à la revue Axis à Londres et rencontre Kandinsky, Hartung et Henry Miller. Il entreprend ses grandes compositions dans son atelier du boulevard Saint-Jacques : Île de France, Espace bleu…
Expositions de groupe à Paris, Londres et Oxford. En février-mars, première exposition personnelle aux Cahiers d’Art, grand succès — Picasso lui-même est venu. Il rencontre André Breton, repart aux États-Unis et se construit un atelier en Virginie, à Rockbridge Baths. Expositions à la Valentine Gallery puis à la Putzel Gallery de Hollywood. Articles : Poussin, Seurat and double rhythm dans Axis, Seurat as a predecessor dans le Burlington Magazine.
À New York, Hélion fait la connaissance de Meyer Schapiro. Des formes réelles apparaissent dans ses Figures. Expositions à la Valentine Gallery puis à l’Arts Club de Chicago. Décès de son père en décembre.
Exposition à l’Arts Club de Chicago en février. De retour en France, il rencontre Yves Tanguy et trouve un nouvel atelier rue Broca. Exposition à la Galerie Pierre. La figuration gagne du terrain dans sa peinture (Figures jumelles, Trois figures). Exposition au musée de Grand Rapids.
Naissance de son fils Louis en février. Il peint ses dernières abstractions — Figure dramatique (musée de Seattle), Les Trois lumières (musée de Denver), La Figure tombée — avant que son œuvre n’évolue inexorablement vers la figuration. Études de personnages de face, de profil, de dos : Émile, Édouard, Charles. Première grande peinture figurative : Au cycliste.
Mobilisé, Hélion rejoint la France début janvier. Fait prisonnier en juin, il est interné en Poméranie puis sur un bateau dans le port de Stettin. Évadé en février 1942, il regagne Paris, puis Marseille, d’où il embarque pour l’Espagne et le Portugal avant de rejoindre les États-Unis. Il entreprend une série de conférences pour soutenir l’effort de guerre et la France Libre. En son absence, la galerie Georgette Passedoit expose ses œuvres de 1935-39.
Exposition à Richmond, au Virginia Museum of Fine Arts.
Hélion écrit le récit de sa captivité et de son évasion dans They shall not have me (E. P. Dutton, 1943), véritable succès de librairie plusieurs fois réédité. Expositions d’œuvres abstraites au Chicago Art Club, à San Francisco, Los Angeles et à la galerie Art of This Century de Peggy Guggenheim. Il reprend ses œuvres de 1939 et peint Défense d’… et L’Homme au parapluie.
Il s’installe à New York et fait la connaissance de Pegeen Vail, fille de Peggy Guggenheim. Il expose ses œuvres récentes chez Paul Rosenberg — accueil très défavorable. Décès de sa femme Jean Blair en octobre. Suite des Allumeurs, Fille aux cheveux jaunes, Fille au mannequin.
Expositions à la Crosby Gallery de Washington en janvier, puis chez Paul Rosenberg en mars et novembre — la critique reste très défavorable. Thomas Bouchard réalise un film sur l’artiste : Hélion, un artiste au travail. Il participe à l’exposition European Artists in America au Whitney Museum. En novembre, il épouse Pegeen Vail.
En avril, Hélion revient en France et s’installe rue Michelet à Paris en octobre. Il peint toute une série de nus : Nu accoudé, Nu au parapluie, Femme au parapluie, Fille échevelée…
Naissance de son troisième fils, Fabrice. Il peint À rebours, toile capitale annonçant les motifs des Scènes journalières et du Nu renversé. Il expose à la Galerie Renou et Colle en mai : échec cuisant, la critique l’éreinte, Paul Rosenberg annule son contrat.
Voyage en Italie. Suite des Nature morte à l’œillet, des Hommes assis, de la Citrouillerie étrusque. Il se lie d’amitié avec Yves Bonnefoy, Alain Jouffroy, Francis Ponge et André du Bouchet. Nouvel atelier avenue de l’Observatoire.
Naissance de son quatrième fils, David. En juin, Merce Cunningham et John Cage donnent leur première représentation dans son atelier. Il peint Les Nus couchés assis, Les Nus étoilés, Les Nus renversés, Les Nus au gisant…
Année consacrée aux Journaliers, à la Grande journalerie, aux Lecteurs et le gisant, au Nu étoilé au gisant et au journalier… Il commence Les Mannequineries.
Il peint ses six mannequineries et enchaîne cinq expositions d’avril à octobre : Hanover Gallery de Londres, Sala degli Specchi de Venise, Galleria del Milione de Milan, Galleria San Marco de Rome et Feigl Gallery de New York.
Fin octobre, il peint « d’après nature » une trentaine de chrysanthèmes. Cette approche vériste le coupe d’une scène artistique tournée vers l’abstraction.
Avenue de l’Observatoire, il peint des citrouilles, des pains, des nus (Tablée de pains, Dos aux pains), des lapins écorchés (Lapinerie) et des paysages urbains (Rue de Gergovie). Naissance de Nicolas.
Peintures d’après modèles : Odalisque à l’atelier. Sur la recommandation d’André du Bouchet, il peint L’Atelier. Il découvre Belle-Île. En novembre, exposition chez le peintre Mayo ; la critique parle d’un « réalisme presque surréaliste, ou de trompe-l’œil presque abstrait ».
Il commence le Grand Luxembourg. Nombreuses études d’arbres, de bancs, de balayeurs et de statues. Natures mortes : Les Arums, Feuilles d’automne, Bourgeons dans l’atelier.
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Voyages en Hollande et en Italie, où il découvre Masaccio. Dépression de Pegeen, dont il peint de nombreux portraits. Il retrouve ses Couples au parapluie, Citrouilleries, Crâneries et Vanités, et les paysages de Belle-Île (La Charrue blanche – Le Grand Brabant). Exposition aux Cahiers d’Art en juin 1956. Il termine le Grand Luxembourg début 1957. Séparation d’avec Pegeen.
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Il commence les portraits de ses amis — Bruguière, Burgart, Bonnefoy, Bine, Lusseyran — ainsi que des autoportraits. L’été, il se consacre aux paysages de Belle-Île (Port Andro, Ster Vras, Ster Ouen). Apparition des Toits ; reprise du Luxembourg. Il peint des nus (Carmen), des Citrouilles et des Vanités. Exposition aux Cahiers d’Art en octobre 1958.
Il poursuit le motif du Luxembourg (Joueurs de cartes au Luxembourg, L’Été de la Saint-Martin) et celui des toits peuplés de personnages et de musiciens. Natures mortes aux objets inattendus — soldat de plomb, chaussure, violoncelle. À Belle-Île, l’été, il reprend les scènes de pêcheurs dans le port du Palais. Exposition d’œuvres récentes à la Galerie des Cahiers d’Art en juin.
En juin-juillet, importante exposition à la Galerie Louis Carré : Hélion, peintures de 1929 à 1939 — un succès. Il acquiert une propriété dotée d’un grand atelier à Bigeonnette, près de Chartres, pour peindre de grands formats. Il reprend les Nus et les Toits (Cantate, Rhapsodie, Concertos pour les toits) et, à Belle-Île, ses pêcheurs et la côte sauvage (Port Coton).
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Mariage avec Jacqueline Ventadour en 1963. À Paris, Hélion se rend aux Halles où il dessine les porteurs de viande (Monument pour un boucher, Cariatide), les boucheries (La Grande Boucherie, Boucherie rouge) et les étals de marché. Il réalise pour la télévision les décors et costumes du Roi Lear. Fin 1964, il expose à la Gallery of Modern Art de New York : Peintures de 1928 à 1964.
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Il se consacre à la rue, aux voitures, aux passants, aux « traversants » (Le Méridien de Greenwich, La Rue verte). Expositions à la Leicester Gallery de Londres puis à la Galerie Andrieu de Toulouse. À Belle-Île, le 14 juillet la nuit lui fournit l’un de ses plus grands motifs : Petite musique de nuit. À Paris, il poursuit ses scènes de rue (L’Attente bleue) et expose à la Galerie du Dragon.
Exposition à la Willard Gallery de New York. Il entreprend ses « aquariums », ses vitrines de café, puis Au niveau de la rue, qui deviendra Le Triptyque du Dragon. Devenu allergique aux solvants de la peinture à l’huile, il passe à l’acrylique. À l’automne, il se rend au Cirque d’Hiver pour peindre clowns et acrobates, et rencontre Gilles Aillaud et Eduardo Arroyo.
Il poursuit son travail au Cirque d’Hiver, mais les événements de Mai accaparent son attention : Théâtre en mai, Farandole de mai, Choses vues en mai. Exposition à Rome, Galerie Il Fante di Spade : Œuvres de 1936 à 1967.
Il achève Choses vues en mai, entreprend le thème du métro (Sortie de métro, Mouton-Duvernet) et poursuit le cirque (Requiem pour Auguste). Exposition à Milan, Galleria Eunomia : Œuvres de 1936 à 1967.
Il poursuit les motifs du cirque (Supercherie jaune, Supercherie rouge). Exposition itinérante du CNAC dans seize villes (1970-71) et rétrospective au Grand Palais : Hélion, 100 tableaux de 1928 à 1970, organisée par Daniel Abadie. En décembre, court voyage au Tchad et au Cameroun.
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Voyage en Allemagne et en Tchécoslovaquie, écourté par de graves problèmes oculaires. Il poursuit ses scènes de rue — jeunes gens sur les quais, boutiques de vêtements (Halte au pont, Monument sur l’herbe) — et, à Bigeonnette, travaille sur le chou : La Dame au chou, Le Rang de choux.
Il s’installe définitivement à Bigeonnette et se consacre au marché de Châteauneuf-en-Thymerais : Triptyque du marché, puis Marche pour un marché, Adieu au marché. Exposition de ses œuvres récentes à la Galerie Saint-Germain, à Paris.
Il termine Le Triptyque du marché, puis peint la suite des Mathilde. Voyage en R.D.A. Exposition au Musée Tavet de Pontoise. Il se lie avec Karl Flinker, que lui présentent Aillaud, Arroyo et Abadie.
Première exposition chez Karl Flinker : Hélion, 50 ans de peinture. Il reprend les scènes de rue (Dévotion à la roue, Livres rares, Boîtes à livres). À Belle-Île, il dessine mareyeurs et homards (Grand marché aux homards) ; à Bigeonnette, Le Perroquet et ses échos, Le Perroquet bleu, Le Perroquet au nu.
Le 11 novembre lui inspire le diptyque Suite pour le 11 novembre. Séjour à New York pour son exposition à la galerie Spencer Samuels, d’où il rapporte des croquis : New York Seen, Clochards dans la ville.
La rue parisienne, ses passants, ses vespasiennes lui inspirent La Ville est un songe, puis des demi-nus (Pantalonnade, Jambages, La Méprise). Expositions de ses dessins récents à l’Abbaye Sainte-Croix des Sables-d’Olonne, puis Les Marchés au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Voyage en Espagne et visite du Prado.
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De retour aux Marchés aux Puces, il réunit ses objets préférés dans un grand triptyque, Le Jugement dernier des choses, et dans les Suites pucières. En septembre 1980, séjour à Pékin pour une rétrospective itinérante (Pékin, Shanghai, Nanchang) organisée par le Musée national d’art moderne.
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Sa vue baisse inexorablement. Hélion reprend ses motifs récurrents : Un Borsalino pour Émile, Le Réel et le songe, La Ville. Début octobre 1983, devenu presque aveugle, il cesse de peindre. Il dicte jusqu’en 1985 ses commentaires sur ses toiles inachevées dans Mémoire de la chambre jaune, suivie de trois cahiers sur son enfance et ses rencontres décisives.
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Expositions à la Städtische Galerie im Lenbachhaus de Munich — Abstraction et mythologie quotidienne, dessins et gouaches 1925-1983 — puis au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris.
Exposition à la Fondation Peggy Guggenheim de Venise : peintures et pastels.
Dernières expositions de son vivant :
- Paris, Louis Carré et Cie (21 mai – 25 juillet) : Peintures.
- Aarhus, Danemark, Kunstmuseum : Jean Hélion, rétrospective de peintures et dessins 1929-1983 (5 septembre – 25 octobre).
- Londres, Albemarle Gallery : Hélion, peintures depuis 1960, œuvres sur papier depuis 1930 (10 septembre – 8 octobre).
Jean Hélion s’éteint le 27 octobre à Paris.